
Financer un équipement coûteux sans impacter votre trésorerie n’est pas une question de dépense, mais de stratégie de bilan.
- Le crédit-bail préserve votre capacité d’emprunt en maintenant le bien hors de votre actif, contrairement à un achat.
- La valeur résiduelle n’est pas une contrainte, mais un levier pour arbitrer entre le coût total du financement et le montant de vos mensualités.
Recommandation : Analysez chaque proposition de leasing non pas sur son loyer mensuel, mais sur son impact global sur votre bilan et votre flexibilité financière future.
Pour un entrepreneur ou un freelance, l’acquisition d’un nouvel équipement à 30 000 € représente un dilemme majeur. Faut-il puiser dans une trésorerie précieuse, souvent constituée à grand-peine, ou s’endetter via un crédit classique qui alourdira le bilan ? Cette décision peut freiner la croissance, voire mettre en péril l’équilibre financier de l’entreprise. L’investissement est nécessaire, mais le coût d’immobilisation du capital est un risque que beaucoup ne veulent ou ne peuvent pas prendre.
Les solutions traditionnelles comme l’achat comptant ou le prêt bancaire sont bien connues, mais elles présentent des contraintes significatives. L’achat cash ampute directement votre fonds de roulement, cette réserve essentielle pour faire face aux imprévus et saisir les opportunités. Le crédit, lui, augmente votre taux d’endettement et peut réduire votre capacité à obtenir d’autres financements pour des projets futurs, comme l’acquisition de locaux ou le financement d’un cycle de production.
Mais si la véritable clé n’était pas de choisir entre dépenser ou s’endetter, mais d’adopter une troisième voie ? L’approche que nous allons détailler ne considère pas le financement comme une simple transaction, mais comme un véritable outil de pilotage stratégique de votre bilan. Le crédit-bail (ou leasing), lorsqu’il est bien maîtrisé, devient un levier pour acquérir les équipements nécessaires tout en protégeant activement votre capacité d’investissement et en optimisant votre fiscalité. Il ne s’agit plus de « payer pour utiliser », mais de « structurer pour croître ».
Cet article va vous guider à travers les mécanismes essentiels du leasing, en allant au-delà des idées reçues. Nous analyserons l’impact concret sur votre bilan, les différences cruciales entre les types de biens, les erreurs coûteuses à éviter et, surtout, les leviers de négociation pour faire de votre contrat de financement un atout stratégique au service de votre développement.
Sommaire : Piloter le financement de vos équipements professionnels sans immobiliser de capital
- Pourquoi le crédit-bail vous permet de devenir propriétaire à la fin, pas la LLD ?
- Leasing à 600 €/mois ou achat cash de 25 000 € : quel impact sur 4 ans ?
- Leasing pour un véhicule ou pour vos locaux : quelles différences de durée ?
- L’erreur d’oublier les 8 000 € de rachat final dans votre budget de leasing
- Comment obtenir une réduction de 10% sur les loyers de votre crédit-bail ?
- Payer vos travaux cash en 3 ans ou emprunter 20 000 € maintenant ?
- Pourquoi votre chiffre d’affaires de 80 000 € ne vous donne qu’une capacité de 100 000 € ?
- Comment obtenir un prêt immobilier en tant que freelance ou entrepreneur ?
Pourquoi le crédit-bail vous permet de devenir propriétaire à la fin, pas la LLD ?
La distinction entre le crédit-bail et la Location Longue Durée (LLD) est fondamentale, car elle conditionne la finalité même de votre contrat. Alors que ces deux solutions de financement permettent de disposer d’un bien sans l’acheter immédiatement, leur philosophie est radicalement différente. La LLD est une pure location de service, conçue pour l’usage et non la possession. À la fin du contrat, la restitution du matériel est obligatoire. Le crédit-bail, lui, est un chemin vers l’acquisition. Cette option d’achat est d’ailleurs une tendance de fond pour les entreprises, comme le confirme la croissance continue du secteur ; selon l’Insee, la production nouvelle de crédit-bail a atteint 47,5 Md€, marquant une progression notable qui témoigne de son adoption comme outil de financement stratégique.
La différence majeure réside dans l’option d’achat. Dans un contrat de crédit-bail, le prix de rachat du bien en fin de période, appelé « valeur résiduelle », est fixé dès la signature. Comme le souligne la rédaction du Partenaire Pro, « cette option d’achat a été inscrite dès la signature du contrat de crédit-bail. » Vous savez donc dès le premier jour combien il vous en coûtera pour devenir pleinement propriétaire. Cette prévisibilité est un atout majeur pour la planification à long terme. La LLD, au contraire, n’inclut aucune promesse de vente. Son objectif est de fournir un package « tout compris » (entretien, assurance, assistance) pour une durée déterminée, optimisant les charges d’exploitation plutôt que l’investissement patrimonial.
Cette distinction a un impact direct sur la comptabilité et la stratégie de bilan, un point crucial pour tout entrepreneur soucieux de sa capacité de financement. Le tableau suivant synthétise les différences clés.
| Critère | Crédit-bail | LLD |
|---|---|---|
| Option d’achat en fin de contrat | Oui, prix fixé dès la signature | Non, restitution obligatoire |
| Inscription au bilan | Hors bilan tant que l’option n’est pas levée | Toujours hors bilan (charge locative) |
| Charges | Loyers déductibles fiscalement | Loyers déductibles, souvent avec services inclus (entretien, assurance) |
Le traitement hors bilan du crédit-bail, tant que l’option d’achat n’est pas levée, est un avantage stratégique. Il permet de ne pas alourdir le passif de l’entreprise et de préserver les ratios d’endettement, un indicateur scruté par les banques pour accorder de futurs prêts. Choisir le crédit-bail, c’est donc se donner la flexibilité de devenir propriétaire, tout en protégeant sa structure financière pendant toute la durée de la location.
Leasing à 600 €/mois ou achat cash de 25 000 € : quel impact sur 4 ans ?
La question n’est pas seulement « combien ça coûte ? », mais « quel est l’impact sur ma capacité à opérer et à croître ? ». Pour un entrepreneur, la trésorerie est le nerf de la guerre. Sacrifier 25 000 € en cash pour un équipement, c’est immobiliser un capital qui pourrait servir à financer le développement commercial, un besoin en fonds de roulement ou à saisir une opportunité inattendue. Cette priorité est largement partagée : une analyse basée sur les données de la Banque de France révèle que pour 87% des PME françaises, la préservation de leur capacité d’autofinancement est un enjeu stratégique majeur.
Opter pour un leasing à 600 € par mois change complètement la donne. Au lieu d’un décaissement massif, vous lissez la charge sur la durée d’utilisation du matériel. Votre trésorerie reste intacte et disponible. Mais l’avantage va bien au-delà de la simple gestion de liquidités. Il s’agit d’un véritable pilotage de bilan. Un achat cash inscrit immédiatement le bien à l’actif de votre entreprise, mais crée aussi une contrepartie (une baisse de la trésorerie ou une dette). Le leasing, lui, maintient le bien hors bilan (hors normes IFRS 16, qui concernent principalement les grands groupes). Résultat : votre capacité d’emprunt est préservée pour d’autres projets stratégiques.
L’impact fiscal est également un facteur déterminant. Avec un achat, vous déduisez les amortissements comptables du bien sur plusieurs années. Avec un leasing, les loyers sont intégralement déductibles du résultat fiscal en tant que charges d’exploitation. Cette déduction immédiate et totale des loyers peut générer une économie d’impôt plus rapide et plus simple à gérer. Il est même possible de moduler le financement, comme le rappelle BPCE Lease, en suggérant que « vous pouvez également réaliser un apport comptant pour diminuer le coût total du financement », offrant une flexibilité supplémentaire.
Le tableau suivant met en lumière l’arbitrage stratégique entre ces deux approches.
| Indicateur | Achat cash (25 000€) | Leasing (600€/mois) |
|---|---|---|
| Trésorerie immobilisée | 25 000€ immédiatement | 0€ (paiement étalé) |
| Traitement fiscal | Amortissement comptable | Loyers intégralement déductibles du résultat fiscal |
| Bilan | Bien inscrit à l’actif | Bien hors actif, capacité d’emprunt préservée |
Sur 4 ans, le leasing à 600 €/mois représente un total de 28 800 € de loyers, sans compter l’option d’achat. Ce coût peut sembler supérieur à l’achat cash de 25 000 €. Cependant, cette vision ne tient pas compte du coût d’opportunité du capital. Les 25 000 € non immobilisés ont pu être investis dans votre activité, générant un retour bien supérieur à la différence de coût du financement. C’est là que réside la véritable intelligence financière de l’opération.
Leasing pour un véhicule ou pour vos locaux : quelles différences de durée ?
La structure d’un contrat de crédit-bail n’est pas universelle ; elle s’adapte à la nature et à la durée de vie économique du bien financé. Les deux grandes familles sont le crédit-bail mobilier (équipements, véhicules) et le crédit-bail immobilier (locaux professionnels, entrepôts). Comprendre leurs différences est essentiel pour aligner votre financement sur la stratégie d’utilisation de l’actif. D’ailleurs, les statistiques de l’Insee montrent que le crédit-bail mobilier est majoritairement utilisé pour les véhicules (53,9 %), devant les machines et équipements (30,9 %), ce qui souligne la popularité de cette solution pour les actifs à rotation plus rapide.
La principale différence réside dans la durée du contrat. Pour un crédit-bail mobilier, la durée est généralement comprise entre 3 et 7 ans. Elle est calquée sur la durée d’amortissement fiscal et la durée de vie technologique du matériel. Financer un ordinateur sur 15 ans n’aurait aucun sens. En conséquence, la valeur résiduelle, c’est-à-dire le prix de rachat en fin de contrat, est relativement faible, oscillant souvent entre 1% et 6% du prix d’origine HT. Cela reflète la dépréciation rapide de ce type de bien.
À l’inverse, le crédit-bail immobilier s’inscrit dans le temps long. La durée du contrat est beaucoup plus étendue, souvent adossée à la durée d’amortissement de l’immeuble, et peut facilement atteindre 15, 20 ans ou plus. Il s’agit d’un véritable outil de financement de patrimoine professionnel à long terme. La valeur résiduelle est logiquement plus élevée, se situant fréquemment entre 5% et 15% du prix d’origine, car un bâtiment conserve une valeur substantielle sur la durée.
Ce tableau résume les distinctions clés à avoir en tête :
| Type de bien | Durée typique | Valeur résiduelle |
|---|---|---|
| Matériel / véhicule (mobilier) | 3 à 7 ans, fixée selon la durée d’amortissement | 1% à 6% du prix d’origine HT |
| Locaux professionnels (immobilier) | Plus longue, adossée à la durée d’amortissement de l’immeuble | 5% à 15% du prix d’origine |
Ces différences ne sont pas de simples détails techniques. Elles impliquent des stratégies financières distinctes. Le crédit-bail mobilier est un outil de flexibilité, permettant de renouveler régulièrement un parc de matériel pour rester à la pointe de la technologie sans immobiliser de capital. Le crédit-bail immobilier est une stratégie d’acquisition progressive, permettant à une entreprise de devenir propriétaire de ses murs sans l’apport initial massif requis par un achat classique.
L’erreur d’oublier les 8 000 € de rachat final dans votre budget de leasing
L’une des erreurs les plus fréquentes et les plus coûteuses en matière de crédit-bail est de se focaliser uniquement sur le montant du loyer mensuel, en oubliant la dernière échéance : la valeur résiduelle. Ce montant, qui correspond à l’option d’achat finale, peut représenter une somme conséquente et doit impérativement être anticipé dans votre plan de trésorerie. Comme le résume parfaitement la rédaction de Cefin.fr, « la valeur résiduelle est le pivot financier du crédit-bail ». L’ignorer, c’est risquer une très mauvaise surprise à la fin du contrat.
Prenons un exemple concret pour illustrer ce risque. Imaginons que vous financiez un véhicule ou un équipement d’une valeur de 25 000 € en crédit-bail. Le contrat est établi sur 48 mois avec une valeur résiduelle fixée à 8 000 €. Votre attention se porte sur la mensualité, qui s’élève à environ 458 €. Sur le papier, cela semble gérable. Cependant, à la fin des 4 ans, si vous souhaitez devenir propriétaire du bien, vous devrez débourser en une seule fois les 8 000 € prévus. Le coût total de l’acquisition (48 x 458 € + 8 000 €) s’élèvera alors à près de 30 000 €, soit 5 000 € de plus que le prix d’achat initial. Si ces 8 000 € n’ont pas été provisionnés, l’entreprise peut se retrouver dans une situation délicate : soit renoncer à l’achat d’un bien qu’elle a payé pendant 4 ans, soit mettre sa trésorerie en difficulté.
Étude de cas : Le coût caché du rachat non anticipé
Pour un véhicule de 25 000€ financé en crédit-bail sur 48 mois avec une valeur résiduelle de 8 000€, la mensualité s’élève à environ 458€. Le coût total à anticiper (mensualités cumulées + valeur résiduelle) atteint donc 30 000€. Ce montant est significativement supérieur au prix d’achat initial si le rachat final n’est pas budgété en amont, transformant une solution de financement flexible en une contrainte financière.
Cette valeur résiduelle n’est pas une fatalité, mais un paramètre à négocier. Une valeur résiduelle élevée permet de réduire le montant des loyers mensuels, préservant ainsi davantage la trésorerie au quotidien. En contrepartie, le coût du rachat final sera plus important. Inversement, une valeur résiduelle faible augmentera les loyers mais facilitera l’acquisition finale. L’arbitrage dépend de votre stratégie : privilégiez-vous la trésorerie à court terme ou la minimisation du coût total de possession ?
Comme le montre cette image, le paiement final est un élément tangible de l’équation. Le bon réflexe est de mettre en place un plan d’épargne ou de provisionnement mensuel, en parallèle des loyers, pour constituer la somme nécessaire au rachat. Ce montant doit être considéré comme une partie intégrante du coût du financement dès le premier jour.
Comment obtenir une réduction de 10% sur les loyers de votre crédit-bail ?
Beaucoup d’entrepreneurs considèrent une offre de crédit-bail comme un bloc non négociable. C’est une erreur. L’organisme de financement, qu’il s’agisse d’une banque ou d’une société spécialisée, réalise une marge sur l’opération. En France, le rapport financier de l’ASF montre que le chiffre d’affaires cumulé des sociétés de financement a crû de 10%, atteignant 1,5 milliard d’euros. Cette rentabilité prouve qu’une marge de négociation existe. Obtenir une réduction significative sur le coût total ne relève pas de la magie, mais d’une préparation méthodique et de la connaissance des bons leviers.
Le levier le plus puissant, et souvent le plus négligé, se situe en amont : négociez le prix du bien lui-même. Le montant de vos loyers est directement calculé sur le prix d’achat de l’équipement. Chaque euro que vous économisez auprès du fournisseur se répercutera mécaniquement sur l’ensemble de vos mensualités. Agissez comme si vous alliez acheter le bien comptant : faites jouer la concurrence, demandez des remises, et ne présentez votre dossier à l’organisme de leasing qu’une fois le meilleur prix de vente obtenu. C’est le premier pas, et le plus impactant, vers une réduction du coût global.
Ensuite vient la négociation avec l’organisme de financement. Ne vous contentez pas de la première offre. Mettez en concurrence plusieurs établissements et analysez leurs propositions en détail. Le taux d’intérêt implicite n’est pas le seul paramètre. Portez une attention particulière aux frais annexes : frais de dossier, assurances obligatoires, dépôt de garantie… Ces coûts cachés peuvent considérablement alourdir la facture. Enfin, jouez sur la structure du contrat : une légère modification de la durée ou de la valeur résiduelle peut avoir un impact notable sur le loyer. Une durée plus longue réduit les mensualités, tout comme une valeur résiduelle plus élevée. Trouvez le bon équilibre pour votre stratégie.
Votre plan d’action pour négocier votre crédit-bail
- Négociez le prix du bien : Contactez plusieurs fournisseurs et obtenez le prix d’achat le plus bas possible, indépendamment du financement. Un prix d’achat réduit est la base de loyers allégés.
- Mettez les leasers en concurrence : Soumettez votre dossier à au moins trois organismes de crédit-bail différents et demandez une proposition détaillée pour comparer le taux d’intérêt appliqué par chacun.
- Épluchez les frais annexes : Inventoriez et négociez tous les coûts supplémentaires (frais de dossier, assurance, dépôt de garantie) qui s’ajoutent au financement pur.
- Arbitrez la valeur résiduelle : Demandez des simulations avec différentes valeurs résiduelles pour voir l’impact sur vos loyers et choisissez le scénario aligné avec votre priorité (trésorerie ou coût de rachat).
- Consolidez vos dossiers : Si vous avez plusieurs équipements à financer, regroupez-les auprès d’un seul organisme pour augmenter votre pouvoir de négociation.
En appliquant cette méthode rigoureuse, une réduction de 10% sur le coût total du financement est un objectif réaliste. Cela demande du temps et de la préparation, mais l’économie réalisée sur plusieurs années justifie amplement l’effort.
Payer vos travaux cash en 3 ans ou emprunter 20 000 € maintenant ?
Face à un besoin de 20 000 € pour des travaux, l’instinct de l’entrepreneur prudent est souvent de vouloir économiser pour payer cash. L’idée de ne pas avoir de dette est séduisante. Cependant, cette approche ignore un concept financier fondamental : le coût d’opportunité du capital. Attendre 3 ans pour réunir la somme signifie reporter des travaux qui pourraient peut-être améliorer votre productivité, l’accueil de vos clients ou votre efficacité énergétique dès aujourd’hui. Pendant ces trois ans, le gain potentiel lié à ces améliorations est perdu.
Le véritable arbitrage n’est pas « dette vs pas de dette », mais plutôt une analyse coût-bénéfice. Imaginons le scénario suivant. Option 1 : vous puisez 20 000 € dans votre trésorerie. Votre capital de travail diminue d’autant, limitant votre capacité à investir dans le marketing, le stock ou l’innovation. Option 2 : vous empruntez 20 000 €. Votre trésorerie reste intacte. Cet argent, vous pouvez l’investir dans votre cœur de métier, un projet qui, par exemple, vous rapporte un retour sur investissement de 10% par an. Si le taux de votre emprunt pour les travaux est de 4%, le calcul est simple : votre capital travaille pour vous et génère un rendement net de 6% (10% – 4%).
Dans cette perspective, l’emprunt devient un outil d’accélération. Il vous permet de réaliser les travaux immédiatement et de bénéficier de leurs avantages sans attendre, tout en utilisant votre capital là où il est le plus productif. Bien sûr, cette stratégie n’est valable que si l’investissement de votre trésorerie génère un rendement supérieur au coût de l’emprunt. Il est donc crucial d’avoir une vision claire de la rentabilité de vos propres activités. L’emprunt pour des travaux n’est alors plus une charge, mais un investissement financé par un levier externe, qui libère votre capital pour des opérations à plus forte valeur ajoutée.
L’autre facteur à considérer est l’inflation. Dans un contexte inflationniste, la valeur de l’argent diminue avec le temps. Emprunter aujourd’hui pour payer des travaux signifie que vous rembourserez votre dette demain avec de l’argent qui a moins de valeur. En attendant 3 ans, non seulement vous reportez les bénéfices des travaux, mais le coût des matériaux et de la main-d’œuvre aura probablement augmenté, rendant votre projet plus cher au final.
Pourquoi votre chiffre d’affaires de 80 000 € ne vous donne qu’une capacité de 100 000 € ?
C’est une source de frustration commune pour de nombreux entrepreneurs : un chiffre d’affaires (CA) en croissance ne se traduit pas automatiquement par une capacité d’emprunt proportionnelle. Une banque ne prête pas sur la base du CA, mais sur la capacité de l’entreprise à générer un excédent pour rembourser sa dette. Le chiffre d’affaires est un indicateur d’activité, pas de rentabilité. Les banquiers se concentrent sur des indicateurs plus fins, comme l’Excédent Brut d’Exploitation (EBE) ou la Capacité d’Autofinancement (CAF).
La banque analyse avant tout votre capacité à dégager du cash après avoir payé toutes vos charges d’exploitation (salaires, achats, frais généraux…). L’un des ratios clés scrutés est le rapport entre l’EBE et les charges financières. Selon les pratiques bancaires courantes, les établissements considèrent un dossier favorablement si le ratio EBE / charges financières est supérieur à 8. Cela signifie que votre excédent doit être au moins 8 fois supérieur à vos remboursements de dettes existants pour que l’on envisage de vous prêter plus.
Pour un indépendant avec 80 000 € de CA, la banque va d’abord déduire toutes les charges professionnelles pour obtenir le bénéfice. Par exemple, si les charges s’élèvent à 35 000 €, le résultat est de 45 000 €. C’est sur cette base, et non sur les 80 000 € de CA, que la capacité de remboursement sera évaluée. De plus, les banques appliquent des règles de prudence strictes :
- Durée de remboursement : Hors immobilier, un prêt professionnel doit souvent pouvoir être remboursé en 3 à 5 ans.
- Apport personnel : Un financement bancaire couvre rarement 100% d’un projet. Un apport de 20% à 30% est quasi systématiquement exigé, prouvant l’implication de l’entrepreneur.
- Ratio d’endettement : La nouvelle mensualité, ajoutée aux charges fixes et remboursements existants, ne doit pas dépasser un certain pourcentage du bénéfice disponible.
C’est la combinaison de ces facteurs qui explique pourquoi un CA de 80 000 € peut aboutir à une capacité d’emprunt de « seulement » 100 000 € pour un projet immobilier par exemple, qui bénéficie de durées plus longues. La banque calcule la mensualité maximale supportable (par exemple, 1 000 €/mois) en fonction de votre résultat net, puis en déduit le montant du prêt possible sur une durée donnée (1000 €/mois sur 10 ans équivaut à un prêt d’environ 100 000 € à taux actuels).
À retenir
- Le leasing est un outil de pilotage du bilan qui préserve votre capacité d’endettement, bien plus qu’une simple location.
- La valeur résiduelle est le principal levier d’arbitrage entre la préservation de votre trésorerie mensuelle et le coût total de possession du bien.
- Votre capacité d’emprunt réelle dépend de votre rentabilité (EBE, CAF) et de votre structure de charges, et non uniquement de votre chiffre d’affaires.
Comment obtenir un prêt immobilier en tant que freelance ou entrepreneur ?
Pour un travailleur indépendant, l’accès au crédit immobilier est souvent un parcours du combattant. L’absence de contrat de travail à durée indéterminée (CDI) et la variabilité des revenus sont perçues comme des facteurs de risque par les banques. Les chiffres sont éloquents : une étude de la fintech Rollee a révélé que 60% des indépendants se sont déjà vus refuser un prêt immobilier depuis qu’ils travaillent à leur compte. Obtenir un financement n’est cependant pas impossible, mais cela exige une préparation rigoureuse et une compréhension fine des attentes des prêteurs.
La première exigence des banques est l’antériorité et la stabilité de l’activité. La plupart des établissements exigent au minimum trois bilans comptables complets pour évaluer la pérennité de vos revenus. Cette règle s’explique par une statistique bien connue du monde de l’entrepreneuriat, comme le rappelle Charlotte Jehenne, spécialiste chez Pretto : « Les entreprises qui doivent faire faillite le font dans leurs trois premières années. » Passer ce cap des trois ans est donc un signal fort de viabilité envoyé à votre banquier.
Le statut juridique de votre activité a également un impact majeur sur la perception de votre dossier. Un auto-entrepreneur, dont le chiffre d’affaires est souvent confondu avec le revenu, est perçu comme le profil le plus fragile. Un dirigeant de SASU se rémunérant en dividendes devra fournir un effort de pédagogie supplémentaire pour justifier la récurrence de ses revenus. Le statut qui offre le plus de lisibilité pour une banque est souvent celui qui se rapproche le plus du salariat, comme le portage salarial, qui génère des bulletins de paie clairs.
| Statut | Perception par la banque |
|---|---|
| Auto-entrepreneur | Profil le plus fragile : absence de bulletin de paie, revenus déclarés en chiffre d’affaires brut sans distinction des charges réelles |
| SASU (dividendes) | Plus crédible mais complexe à justifier quand les revenus passent par des dividendes |
| Portage salarial / entrepreneurial | Produit un bulletin de paie reconnu, facilitant la lecture du dossier par la banque |
Au-delà de la stabilité, la banque examinera la gestion de vos comptes à la loupe. Des comptes professionnels et personnels bien distincts, une absence de découverts, et une capacité d’épargne régulière sont des preuves tangibles de votre rigueur financière. Un apport personnel conséquent, idéalement supérieur aux 10% traditionnellement demandés (viser 20% est un plus), démontrera votre implication et réduira le risque pour la banque. En somme, vous devez vous comporter comme le banquier le plus exigeant de votre propre entreprise.
Pour évaluer précisément la solution de financement la plus adaptée à votre projet et préserver votre capital, l’étape suivante consiste à réaliser une simulation personnalisée.